Sortie de vestiaireSortie de Vestiaire, Maria Bals

26 février 20190
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De la Norvège à Besançon, découvrez le parcours hors-norme de Maria Bals, désormais dirigeante d’entreprise et vice-présidente de la filière féminine de l’AJPH.

 

Ma Carrière

« On a vu les palmiers, on s’est dit que c’était cool. » Maria Bals, née d’une mère brésilienne et d’un père norvégien, n’a que 19 ans lorsqu’avec son amie Vigdis, elle décide de quitter sa Norvège natale. Membres de l’équipe de Norvège juniors, les deux gamines reçoivent une offre de Toulon, et n’hésitent pas une seconde. « On était un peu naïves, on voulait découvrir de nouvelles choses, sourit la demi-centre. Au final, on a découvert quelque-chose de dur, de tellement différent de ce que l’on pouvait vivre en Norvège. C’était il y a 18 ans, c’était très mal organisé. » Au bout de 4 mois, Maria voit d’ailleurs sa coéquipière jeter l’éponge. « On m’a toujours appris à finir ce que j’avais commencé, alors je me suis accrochée. Et puis nous avons eu un entraîneur avec qui le feeling est passé, et je suis tombée amoureuse de quelqu’un. La question du départ ne s’est plus posée. »

Après sept années à Toulon (2001/2008), Maria s’envole vers Besançon (2008/2009) puis Angoulême (2009/2010), pour finalement clore sa carrière à Nantes (2010/2014). « J’ai vécu plein de belles choses, je me suis vraiment beaucoup amusée. Je regrette peut-être quelques choix de clubs, de ne pas avoir un peu plus disputé la Coupe d’Europe, mais au final tout cela donne de belles rencontres. Et puis j’ai eu la chance de vivre de ma passion, c’est un luxe, estime la native d’Oslo, qui n’aura finalement plus quitté la France, son pays adoptif. Est-ce que j’ai bien fait de partir ? Je ne sais pas. Je me demande parfois ce qu’aurait été ma vie si j’étais restée en Norvège où si j’étais partie ailleurs. Mais, et même si la Norvège me manque parfois, je suis contente de ma vie ici, heureuse de la manière dont la France m’a accueillie. »

 

Mes études

Arrivée en France avec son bac en poche, Maria Bals a d’abord dû composer avec la barrière de la langue. « J’ai vite compris que les Français ne parlaient pas l’anglais. Deux choix s’offraient alors à moi: soit je les forçais à apprendre l’anglais, soit je me mettais au français. J’ai opté pour deuxième option, rigole-t-elle. Et puis, il faut le dire, je suis plutôt bavarde, donc il fallait absolument m’y mettre. J’en avais marre de rire après tout le monde, le temps que l’on me traduise la blague. » Après l’apprentissage du français, pas question de se reposer sur ses lauriers. « Il était évident que je devais faire des études, assène-t-elle. On sait toutes que le handball ne dure pas toute une vie, que tu n’es pas à l’abri d’une blessure ou d’un coach qui ne t’aime pas. Et puis je ne voulais pas passer ma vie à courir après un ballon, et arriver à 35 ans en n’ayant fait que ça. »

Après un BTS « action commerciale », la demi-centre enchaîne avec une licence « gestion commerce vente » par correspondance puis conclu son parcours avec un Master 1 en Commerce et Management à Besançon. « Ca n’a pas toujours été facile, mais si je suis capable de le faire en ne parlant pas le français à la base, c’est que c’est possible. Et je ne suis pas plus organisée, douée ou intelligente que les autres, souffle-t-elle. En parallèle, j’ai aussi cherché à avoir des petits boulots à mi-temps pour découvrir ce qu’était le monde de l’entreprise. C’était parfois sportif de tout gérer à la fois, mais aussi indispensable à mon équilibre. Ca fait toujours un peu du bien de quitter le milieu du handball, de ne pas toujours être avec les filles. C’est bien aussi de s’éloigner un peu des tensions de vestiaire. (sourire) »

 

Mon « entre-deux »

Maria Bals a 33 ans lorsqu’elle décide de raccrocher les baskets. Une fin de carrière naturelle. « Je voyais bien que les filles sautaient plus haut, qu’elles courraient plus vite que moi. Il faut savoir laisser sa place. Après 26 ans de handball, j’avais envie de faire autre chose, quitter un peu ce monde, explique-t-elle. Et puis j’ai un caractère qui peut être compliqué aussi, je suis assez directe. C’était aussi une bonne chose de ne plus être dans un vestiaire avec des filles. » Une coupure sans douleurs, et une nouvelle vie qui s’ouvre assez vite. « Lors d’une soirée, j’ai rencontré un partenaire de l’AJPH. Il a bien aimé mon parcours, et le fait que je parle plusieurs langues. Du coup j’ai trouvé un boulot tout de suite », note celle qui s’engage en tant qu’assistante commerciale chez un importateur de chaussures.

 

Ma vie actuelle

Passée d’assistante commerciale à responsable, Maria Bals a ensuite créé son entreprise d’événementiel, Millenium Events, en juin 2017, avec son compagnon. « Je vais au boulot quand je veux, je rentre quand je veux. Mais la plupart du temps, je travaille plus que je ne le veux surtout, sourit-elle. On organise des conventions, notamment dans le tatouage, mais on travaille aussi avec des entreprises pour faire des séminaires, des conférences ou des soirées. Mon compagnon a également trois boutiques de tatouage. Globalement, on a de quoi faire ! » Une vie professionnelle épanouissante, tout comme le volet sportif. « La compétitrice que je suis n’est pas morte !, clame-t-elle. Même quand on coupe des légumes, je veux terminer avant mon copain. » Après s’être essayée au jujitsu brésilien, c’est finalement dans le MMA que Maria va se livrer corps et âme.

« J’ai un peu découvert ce sport par hasard, à Nantes, et j’ai continué à Besançon. C’est là que mon coach m’a proposé de faire un combat pro, en Suisse (le MMA étant interdit en France, ndlr). Et je dois avouer que si je ne dois retirer qu’un seul évènement de ma carrière sportive, c’est vraiment ce moment où je rentre dans la cage. La décharge d’adrénaline que tu prends… La porte se ferme et tu es seule au monde dans cet octogone. Tu ne peux plus compter que sur toi-même. J’ai adoré. » Réputée pour sa défense durant sa première carrière, Maria Bals se montre particulièrement douée et remporte ce premier combat. Un combat pro finalement sans lendemain. « Je me suis blessée au genou, puis à une épaule déjà touchée auparavant. Je continue de m’entraîner, mais pour les combats pro, c’est fini. Il me reste trop de séquelles physiques de ma première carrière. »

 

Mon conseil

Vice-présidente de la filière féminine à l’AJPH, Maria Bals n’a pas complètement abandonné le handball. « La France m’a accueilli en tant que joueuse étrangère, j’ai pu vivre de ma passion ici, ce que je n’aurais sans doute pas pu faire en Norvège. En 18 ans, j’ai pu voir comment les choses ont évolué. On est passé de très peu à, peut-être, un accord collectif pour les filles qui permettra de réellement protéger les joueuses en tant que sportives professionnelles. Il y a une vraie prise de consciences des filles, c’est cool, conclut-elle, et il est vraiment important qu’elles adhérent pour que l’AJPH ait du poids et de la légitimité pour défendre leurs droits vis à vis des partenaires sociaux.. Pour le reste, il faut vraiment penser à cet après-carrière et se donner les moyens. Pour ma part, je me suis beaucoup préparée avec les études et mes expériences, mais un peu moins sur le plan physique. Je me traîne pas mal de casseroles et il faut aussi penser à ce volet-là. »

Benoît Conta

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