À écouter certaines déclarations médiatiques récentes, on pourrait croire qu’un président de club peut, à lui seul, apprécier l’aptitude médicale d’un joueur professionnel, trancher un différend contractuel et rendre son verdict devant les caméras.
Lorsqu’un sujet aussi sérieux que la capacité d’un joueur professionnel à exercer son métier est abordé publiquement, encore faut-il donner aux téléspectateurs, aux auditeurs et aux lecteurs les moyens de comprendre le contexte, le cadre et les enjeux réels. Laisser une seule parole s’exprimer, sans contradictoire ni éclairage juridique et médical indépendant, c’est prendre le risque de transformer une question de droit et de santé au travail en vérité médiatique.
Premièrement, le Code du travail et la Convention collective du handball professionnel masculin ne sont pas des options que l’on active lorsque cela arrange. Ils encadrent chaque relation de travail, fixent des droits et des obligations et protègent les joueurs contre les décisions arbitraires.
Deuxièmement, l’aptitude d’un joueur à exercer son activité professionnelle relève d’un cadre médical précis, dans lequel les professionnels de santé compétents doivent pouvoir exercer leur mission en toute indépendance.
Cette partie médicale de l’affaire questionne également un autre aspect : la transmission d’informations aux dirigeants du club. Si des éléments ont effectivement été communiqués par un médecin, leur nature, leur contenu et les conditions de leur divulgation interrogent légitimement au regard du secret médical et de la confidentialité qui doit entourer la santé d’un joueur professionnel. Le secret médical n’est pas une formalité accessoire : il constitue une protection fondamentale du patient, y compris lorsqu’il est un sportif professionnel et que son état de santé présente des enjeux pour son employeur.
La relation de travail ne donne pas à l’employeur un droit d’accès général aux informations médicales de son salarié. Le statut de sportif professionnel ne saurait justifier une quelconque exception à ce principe.
L’AJPH entend précisément agir pour que de telles situations ne puissent se reproduire. Dans le cadre de la commission paritaire, elle travaille à faire évoluer le cadre collectif et les pratiques professionnelles, afin de clarifier les responsabilités de chacun, de renforcer les garanties offertes aux joueurs et de prévenir l’installation de pratiques incompatibles avec le respect de leurs droits fondamentaux.
Chaque partie prenante doit prendre sa part de responsabilité pour faire progresser le handball professionnel, sécuriser les relations de travail et garantir que la santé des joueurs soit traitée avec le sérieux, la confidentialité et le professionnalisme qu’elle exige. C’est à cette condition que chacun pourra contribuer à sortir par le haut de telles situations.
Dans le sport professionnel, comme ailleurs, l’autorité ne remplace pas le droit, la communication ne remplace pas la médecine et la répétition d’une affirmation ne la transforme pas en vérité.
Sur le terrain, chacun connaît sa fonction. En dehors, ce serait bien de s’en souvenir aussi.

