Sortie de vestiaireSortie de Vestiaire, Aude Amadou

3 septembre 20180
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Après Benoît Chevalier et Pierre Lahore, c’est au tour d’Aude Amadou, députée de la 4e circonscription de Loire Atlantique, de revenir sur une reconversion préparée depuis de longues années.

 

Ma Carrière

 Aînée d’une famille de cinq enfants, Aude Amadou découvre le handball très tôt. « J’avais 6 ans. Mon directeur à l’école primaire était également président d’un club de handball. Il y a plus compliqué pour recruter,sourit celle qui se passionne très vite pour son sport. Mon souhait était de jouer en D1 ou en D2 mais sans mettre de côté les études. Au final, le handball a été un vrai tremplin pour moi. C’est lui qui m’a permis de payer mes études, le tout en faisant ce que j’aimais. »De Fleury-les-Aubrais à Nice, en passant par Toulon, Aude Amadou aura réussi à allier ses deux vies.

 

Le déclic

Pas de déclic pour l’ancienne demi-centre. Le handball oui, mais pas sans les études. « J’ai trouvé mes clubs selon mes lieux d’étude,explique-t-elle. Je suis d’abord revenu à Nantes pour faire une prépa HEC. Je me suis ensuite dirigée vers une école de commerce à Tours (ESCEM) et je jouais à Fleury. Et puis j’aieu mon diplôme de communication à Marseille (DEESCOM) tout en jouant à Toulon. »De quoi parcourir de nombreux kilomètres chaque semaine. « On s’adapte. Et puis je n’en suis par morte, je l’ai toujours fait. Je n’ai jamais connu le confort d’aller à pied à l’entraînement. »

Des conditions particulières inhérentes au début des années 2000. « C’était du sport féminin, et ça a beaucoup évolué depuis. Mais à l’époque, on n’avait pas les mêmes avantages que les garçons. On a toujours eu un wagon de retard. On n’avait pas accès à des horaires aménagés ou à des écoles, souffle une joueuse qui aura toujours connu un statut à part dans le vestiaire. On nous regarde un peu bizarrement au début de la saison quand on arrive à l’entraînement un peu en retard ou parce qu’on ne fait pas l’entraînement du midi. Mais une fois que c’est posé sur la table… Et puis quand on fait ce qu’on à a faire sur le terrain, il n’y a pas de problèmes. »

 

L’entre deux

Une fois les études terminées, Aude Amadou entre directement dans la vie active. Une vie 100% handball ? Très peu pour elle. « Tu t’entraînes le matin puis en fin d’après-midi mais entre temps tu fais quoi ? », se demande-t-elle. En parallèle de sa carrière, elle développe donc des stratégies de communication et de marketing sur les clubs d’Istres chez les hommes et de Nice, son club, chez les féminines. Elle fut également chargée de développement au club d’Aix, avant de créer et de présider une agence de communication dans l’événementiel sportif, « La Bulle à Idées », à partir de 2012.

De quoi faciliter la décision de raccrocher les baskets ? 

« Complètement,répond-elle. Quand tu as tout préparé, tu peux finir une carrière proprement. On sait très bien que des sportifs de haut niveau qui n’ont rien derrière, ils sont moins performants sur leur fin de carrière. Il y a cette angoisse présente et c’est une vraie problématique. »Rapidement happée par son travail, Aude Amadou n’a pas le temps de regretter sa carrière de handballeuse. « Déjà, il y a quelques mois durant lesquels tu mets ton corps au repos,sourit-elle. Et puis j’ai aussi continué le handball en N2 (à Moncoutant), où j’étais plus dans la transmission. Ca fait découvrir autre chose, c’est sympa. Pour le reste, j’ai toujours eu un emploi du temps chargé. J’avais trouvé ce qu’il me fallait pour combler le manque de vie collective, le manque d’adrénaline. Il faut se trouver un projet qui colle avec tout ça. »

 

Ma vie actuelle  

Lancée dans sa vie d’entrepreneur, Aude Amadou s’est laissée happer par le monde de la politique « complètement par hasard ». « J’ai toujours eu un oeil critique, ça m’a toujours plus ou moins intéressée. Puis il y a eu le mouvement « En Marche ! » et j’avais aussi lu le livre d’Emmanuel Macron. Et je me suis dit : « Pourquoi pas ? »,explique celle qui prend vite le virus. Je suis allée sur des ateliers de réflexion, puis sur le terrain. Et là tu te retrouves à discuter avec un chômeur et à tracter avec un chef d’entreprise. J’ai en fait retrouvé cette mixité culturelle et sociale perdueen arrêtant le sport. J’ai retrouvé un autre groupe au sein duquel m’épanouir… »

De fil en aiguille, l’ancienne handballeuse décide de se présenter aux élections législatives et le 18 juin 2017, là voilà élue députée de la 4e circonscription de Loire-Atlantique. Une nouvelle vie très prenante. « J’ai un emploi du temps de fou,confirme-t-elle dans un sourire. Pour le reste, je n’avais jamais fait de politique mais je sais comment fonctionne une équipe. Le tout c’est d’échanger, chacun avec nos compétences. Au final, c’est comme une équipe de handball, on a un capitaine, des cadres, des joueurs sur le terrain, sur la touche, en tribunes. Il faut juste savoir changer de statut. Et puis en tant que sportif de haut niveau, on a des aptitudes, pour gérer le stress, gérer l’échec pour rebondir. On a tous le même état d’esprit : celui d’être battant, de pouvoir s’insérer dans une vie de groupe. »

 

Mon conseil

Un conseil aux jeunes joueuses ? Sur ce point, passer « de l’autre côté » n’a pas fait changer d’avis Aude Amadou. « Le discours que j’ai, je l’ai toujours tenu. D’ailleurs, je suis allée à l’Elysée lorsqu’Emmanuel Macron a reçu les championnes du monde et j’ai recroisé quelques joueuses avec qui j’ai pu jouer. Il y avait notamment Laurisa (Landre) avec qui j’ai joué à Fleury. Elle est venue me dire: « Déjà quand on était à Fleury, tu me disais de faire attention aux études. Tu avais raison ! » C’est bien d’avoir du factuel pour ces filles-là,sourit la députée. Alors je n’ai pas changé d’avis, je leur dis toujours de faire attention à leurs carrières, de bien réfléchir à la construction de leur vie. En plus, il y a désormais des aménagements possibles comme la possibilité d’avoir les cours à domicile par exemple. »

 

Mon regard sur le handball actuel

A l’heure de jeter son regard sur le handball actuel, Aude Amadou se satisfait d’abord des résultats des Bleues. « Il y a de belles perspectives pour cette équipe, avec un groupe qui a de belles années devant lui. J’espère les voir aussi régulières que les garçons,estime celle qui se montre plus sévère sur l’évolution de la LFH. Lorsque je vois un match de D1, j’ai l’impression que le niveau n’a pas beaucoup évolué. Il faudrait que le LFH soit plus solide. Il y a un cadre encore à poser pour que les clubs n’aient plus cette fragilité qui empiète sur le jeu. On a perdu des clubs emblématiques comme Mios ou Nîmes. Je pense que la LFH s’est construit trop vite. Ce n’est pas un modèle qui correspondait au sport féminin. Les contraintes budgétaires, ça ne correspondait pas au sport féminin, il fallait être un peu plus souple. Il fallait permettre aux clubs d’avoir des temps partiels pour ensuite évoluer progressivement vers des contrats entièrement pros. On a voulu aller trop vite. Là ça rame, mais on va y arriver… »

Benoît Conta

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